L’épisiotomie

Les lésions périnéales superficielles

Lors d’un accouchement, il existe différents types de lésions du périnée, plus ou moins profondes et plus ou moins douloureuses. Le périnée, c’est ce muscle dont on ne vous a jamais parlé pendant trente ans, et que vous découvrez soudainement le jour où vous accouchez.

Pour en savoir plus >> Lire notre article sur la rééducation du périnée

Les lésions les plus superficielles sont les éraillures. On les compare souvent à une griffure de chat car elles sont peu profondes et cicatrisent rapidement. L’inconvénient principal est qu’au contact de l’urine, elles peuvent provoquer une sensation de brûlure qui est soulagée par un jet d’eau froide.

La déchirure concerne généralement le vagin et la peau. De taille et de profondeur variable, il s’agit d’une déchirure qui survient naturellement sans intervention de l’opérateur. Le nombre de points effectués n’a guère de sens puisque certains points ne sont pas visibles de l’extérieur, ou encore certains opérateurs utilisent des techniques de suture qui ne permettent pas de compter les points.

Les déchirures sont rarement douloureuses dans le temps, et cicatrisent en une à deux semaines. En cas de points douloureux dans les jours qui suivent l’accouchement, n’hésitez pas à le mentionner à la sage-femme qui vient vous voir à domicile. Elle peut parfois ôter le point qui gêne après s’être assurée de la bonne cicatrisation, et ainsi libérer la tension à l’origine de votre douleur. C’est un soulagement instantané !

L’épisiotomie

Elle est de loin la complication le plus redoutée par les patientes. L’épisiotomie latérale droite, cette incision du périnée, sensée prévenir les déchirures obstétricales compliquées, est au cœur des débats depuis une vingtaine d’année. En effet, l’idée est qu’en coupant le vagin et une partie du muscle on ouvre l’orifice vaginal, ce qui permet au bébé de sortir plus facilement, et évite les déchirures plus graves. Ces déchirures lorsqu’elles lèsent le sphincter de l’anus peuvent mener à des incontinences anales.

Trois plans sont suturés : le plan musculaire, le vagin et la peau. Seuls quelques points sont donc visibles à l’extérieur. L’épisiotomie ne nécessite pas de soins particuliers. Il faut juste bien laver la zone avec un savon classique et bien sécher en tamponnant. Vous pouvez également rincer votre vulve avec un jet d’eau froide lorsque vous allez aux toilettes. Enfin, de nombreuses femmes redoutent d’aller à la selle lorsqu’elles ont une épisiotomie (et parfois une déchirure). Sachez que jamais les fils de la suture ne se sont désunis à cause d’une défécation, aussi constipée soit la femme. En revanche, le fait de vous retenir engendre une constipation, et peut aggraver les hémorroïdes qui sont peut-être sorties lors de l’accouchement.

Recommandations en matière d’épisiotomie

En 2005, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens (CNGOF) publie des recommandations sur l’ELD en plaidant pour une politique restrictive « Il faut instituer une politique incitative pour faire baisser progressivement le taux moyen d’épisiotomies en France en dessous de 30%. ». Le taux d’ELD passe alors de 51% en 1998 à 27% en 2010. De son côté, l’OMS prône la même stratégie, et met en avant le risque infectieux majeur notamment dans les pays en voie de développement où les conditions d’hygiène laissent à désirer.

Des disparités selon les maternités

Selon l’enquête périnatale de 2016, le taux global d’épisiotomie en France pour cette même année est de 20%. Trente-cinq pourcents chez les primipares, 10% chez les multipares. On observe néanmoins une grande disparité du taux d’épisiotomie entre les maternités. Certaines sont très en dessous de la moyenne nationale, d’autres très au-dessus

L’article du journal Le Monde en janvier 2018 fait cet état des lieux et érige en exemple la maternité de Besançon. Avec un taux d’épisiotomies à 0.7% chez les primipares et 0.1% chez les multipares en 2016, la maternité de Besançon fait figure d’exemple en matière de traumatisme périnéal. Ils publient en 2013 une évaluation de leur politique « zéro épisio » et démontrent qu’un très faible recours à l’ELD n’induit pas une augmentation du taux de déchirures périnéales grave.

Nous avons en tant que sage-femme un rôle important à jouer pour préserver le périnée de nos patientes. Les patientes loin de n’être que des spectatrices de leurs accouchements peuvent aussi se réapproprier leur corps et le préparer à l’accouchement.

Eviter l’épisiotomie

La muqueuse vaginale, élastique est apte à supporter une tension importante. Cette aptitude est augmentée en fin de grossesse, sous l’effet des hormones sécrétées en grande quantité par la femme enceinte. Ces dernières peuvent renforcer cette élasticité grâce au massage périnéal. Celui –ci permet d’assouplir les muscles du périnée, en les frictionnant plusieurs fois par jour.

La position à laquelle tout le monde se réfère (en France du moins) lorsque l’on parle d’accouchement est celle d’une femme allongée sur le dos, les jambes écartées sur des étriers. Or, cette position, loin d’être physiologique n’a de sens que parce qu’elle permet au soignant d’intervenir (sage-femme ou gynécologue). Accoucher à quatre pattes, accroupies, sur le côté, dans l’eau, permet de préserver le périnée car la tension exercée dessus est moindre, et l’intervention de la sage-femme est minime. On en vient à évoquer la méthode du « hans-off », qui se répand de plus en plus dans les pays anglo-saxons, et qui consiste à laisser l’accouchement et le travail se faire le plus naturellement possible. La péridurale y est proscrite et l’action de la sage-femme y est réduite au maximum.

Pour conclure, nul n’a vocation à mutiler une femme qu’il accompagne dans ce moment particulier qu’est la naissance de son enfant. La remise en cause de nos pratiques vers des procédés plus respectueux du corps de la femme, l’amélioration constante de notre savoir-faire, n’ont de sens que si les femmes que nous accompagnons sont pleinement actrices de leur accouchement.

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